Les balians de Bali par Eric Grange

Rituel en bord de mer, voyage spirituel à Bali Oasis

Bienvenue à Bali, l’ile des Dieux, le pays aux 10 000 temples.

Eric Grange touché par la grâce divine qui en exhale, nous emmène à la rencontre des guérisseurs traditionnels…. Leur renommé s’étend au-delà des populations locales.

Des occidentaux viennent à Bali en quête d’une guérison mais aussi d’une réconciliation avec leur âme.

A mon arrivée à Bali, mon cœur s’est grand ouvert. J’ai cru que cela était dû à la délicieuse odeur des frangipaniers, à la douceur du climat tropical ou à l’odeur de girofle…peut-être aussi au spectacle des chauffeurs de taxi réunis en conciliabule, assis par terre, discutant de tout et de rien, tranquilles et détendus. En fait, peu à peu, j’ai discerné que je ressentais la douceur infinie et invisible d’un vortex ou tout est dédié aux Dieux…

Ici, la population est paisible et très souriante, les rizières verdoyantes et les volcans invitent le regard à s’élever. Le temps ne coule pas aussi vite qu’en Occident. On ne regarde pas sa montre, on vit au rythme de la nature et des nombreuses cérémonies religieuses célébrées quotidiennement à longueur d’année. Ici, chaque rencontre commence par un sourire et signe de la main : Namasté ! Bienvenue à Bali, Ile des Dieux !

Portrait

Bali est une ile d’Indonésie située entre Java et Lombok. Elle fait partie des petites iles de la Sonde. Sa superficie est de 5 637 km2, ce qui correspond à une taille moyenne d’environ 80 km sur 120. Sa population est d’un peu plus de 3 millions d’habitants. C’est une petite enclave hindoue dans le plus grand pays musulman du monde. L’Ile des Dieux, comme la surnomme est entièrement imprégnée de spiritualité : on y trouve plus de 10 000 temples !

Les guérisseurs à Bali

Les guérisseurs traditionnels jouent un rôle important dans la culture balinaise. Ils traitent les maladies physique et mentale, éliminent les mauvais sorts et transmettent des informations en provenance des ancêtres et des esprits. Le Balian est un instrument de la guérison divine, et le patient entre dans une alliance avec les Dieux pour recevoir cette guérison avec respect, vénération et humilité.
Le diagnostic médical implique magie et vision du monde animiste de Bali, où les esprits imprègnent la réalité. Comprendre les pratiques de guérison à Bali nécessite une exploration de cette vision du monde. Le concept de guérisseur (balian en balinais, dukun en indonésien) est large, avec des praticiens allant du guérisseur traditionnel du orps ou de maladies mentales aux rebouteux, massothérapeutes, médiums et clairvoyants. Il y a environ quatre fois plus de balians que de médecins. Ils sont aux premier plan de la santé communautaire, et les balinais visitent souvent le balian avant d’aller voir le médecin pour le traitement classique. Les balians ont à être spécialisés dans un domaine particulier, et souvent dans un type spécifique de maladies, comme par exemple les maladies de peau ou les problèmes musculaires.

Comment la guérison est-elle envisagée ?

Les facteurs environnementaux, tels que les Balinais les perçoivent, sont un élément important de la guérison. Premièrement, les balinais étant animistes, l’environnement physique perçu par eux n’est pas seulement le monde physique que nous connaissons. Il est rempli d’esprits qui peuvent aider ou nuire, et qui sont efficaces dans ces deux fonctions.

D’autre part, l’extérieur, le macrocosme, est simplement un miroir du monde intérieur, le microcosme. Les connexions entre le corps humain et le monde dans son ensemble se jouent sur une grande échelle. Non seulement l’équilibre interne reflète l’équilibre des forces extérieures et vice versa, mais en plus, le corps physique – avec sa composition tripartite de la tête, du corps et des pieds- est un microcosme de la nature tripartite, que l’on retrouve dans la structure des temples et des habitations familiales.
Cette représentation tripartite se retrouve dans chaque village (espace des habitations, espace du travail, espace du temple), l’ile de Bali (plages, rizières, volcan), et même les trois parties de la nature du cosmos avec le monde supérieur, le monde du milieu, et le monde inférieur. Un dysfonctionnement physique ou mental peut donc être lié à un déséquilibre entre le microcosme et le macrocosme.

Il est difficile de répondre à la question : « Le patient peut-il être invité à modifier quelque chose dans son comportement personnel ? ». Cela dépend vraiment des cas, disons que le balian pourra reprocher au patient de ne pas assez pratiquer les rituels religieux quotidiens. Il va lui conseiller de redoubler d’attention envers les dieux faisant consciencieusement des offrandes tous les jours.

Deuxièmement, l’environnement social est fondamental. L’individu est défini dans les termes de sa relation aux autres, et donc on ne peut pas afficher une maladie ou la guérison comme un phénomène purement personnel ou individuel. Le plus souvent toute la famille se présente avec le patient et discute avec le balian des problèmes, de la maladie et de ce qui doit être fait pour la guérison.

Ainsi, on peut remettre en place la maladie au sein de son environnement naturel et social, en comprendre la cause et pourquoi elle peut-être guérie. Ceci est une partie importante de la guérison à Bali comme dans d’autres sociétés traditionnelles.

Les origines de la guérison balinaise

Il y a quatre influences à l’origine des pratiques de guérison balinaises :

  • La première est la tradition hindoue, vision du monde plus philosophique que pratique.
  • La seconde influence vient du bouddhisme, car il y avait autrefois des pratiques bouddhistes à Bali. Médicalement, le bouddhisme traite la maladie par l’intrusion chirurgicale, et possède des influences tantriques centrées sur des éléments et formules magiques.
  • La troisième provenait de la Chine et de sa médecine traditionnelle des énergies, bien que cette influence se trouve plutôt dans l’utilisation du livre sacré, appelé lontar, que dans le contact direct du balian avec le patient.
  • Enfin, les peuples autochtones pratiquent depuis toujours une forme magique et pratique de la médecine issue de la tradition animiste, qui a été incorporée dans le magique lontar. Avec toutes ces influences, il est évident qu’il ne peut y avoir aucun système médical unifié !

Les 3 principaux types de balians

Le premier type est le balian ketakson qui agit comme un canal entre Dieu et le patient. Ils invoquent l’esprit d’une personne décédée, et transmettent des informations à la famille sur les types d’offrandes nécessaires pour les crémations et d’autres cérémonies. Ils peuvent également, via ce moyen de communication avec le divin, donner des conseils de vie aux populations ou localiser des objets disparus. La plupart des femmes balians sont des balians Ketakson.

Un second type est Paica balian qui est un médium. Il reçoit des objets physiques qui apparaissent et disparaissent spontanément et sont utilisés lors des séances de guérison. « Un jour j’ai vu un kriss* se concrétiser pendant la méditation, debout sur sa pointe et en rotation ». L’objet peut-être ordinaire et peu esthétique. Ces objets rituels apparaissent et disparaissent d’eux-mêmes, et peuvent se manifester pour un maximum de cinq ans.

Ensuite, la personne qui, au départ, à l’intention claire de devenir balian, et pour cela suit l’enseignement approprié, ou encore celle qui reçoit la connaissance divine au cours d’une maladie grave, est un Usada balian. Ces gens-là décident de poursuivre leurs connaissances en étudiant les lontars (textes sacrés) avec les guérisseurs reconnus. Les lontars, des milliers de textes anciens en écriture Kawi (javanais ancien), contiennent des informations sur l’éthique, l’anatomie, des herbes traditionelles, la méditation, le yoga, le tantra et d’autres sujets. Le Balian étudie à la fois les magies blanche et noire, qui sont très similaires, sauf dans l’intention de celui qui pratique.

Les prêtres balinais

Il existe trois catégories de prêtres à Bali. Les balians soignent les problèmes mentaux ou physiques, ils sont donc des guérisseurs, des médecins, alors que les prêtres s’occupent des offices religieux et des hommages aux Dieux. Ils sont les garants de l’équilibre universel et les gardiens de la religion.

Le pedanda ou grand prêtre, souvent lui-même fils de pedanda, est toujours un brahmane, c’est-à-dire un balinais appartenant à la caste supérieur. L’esprit de caste est profondément ancré dans l’esprit balinais. Les noms des membres d’une même caste commencent toujours par la meme particule et en disent long sur sa position sociale et familiale. Chaque caste a son propre langage et différents dialectes pour s’adresser aux autres castes. Il existe quatre castes : les Brahmanes : homme religieux, les Satria : guerriers, tenant du pouvoir temporel, les Wesia : fonctionnaires du royaume et les Sudra : les paysans et pêcheurs, qui représentent plus de 90% de la population. Pour devenir prêtre, le pedanda doit passer une initiation. Dès l’enfance, on le prépare à ses nouvelles fonctions par des études et l’obligation d’une conduite exemplaire, sous la direction d’un maitre dont la parole est loi et vérité.

Son rôle principal consiste à préparer l’eau bénite ( tirta) qui a un role essentiel dans la religion balinaise, au point que celle-ci est appelée « agama tirta », la religion de l’eau bénite. Cette eau sera utilisée pour bénir les temples, les fidèles lors de la prière et les objets consacrés. Parfois aussi, lors de l’achat d’une voiture ou d’un scooter, les familles béniront leur nouvelle acquisition avec de l’eau bénite. Pour préparer cette eau bénite, le pedanda se lave les mains en prononçant des mantras (phrases sacrées), puis pratique pendant un certain temps des respirations issues de la pratique du yoga. Il consacre l’eau une première fois en y jetant des fleurs, invitant Shiva et sa force sanctifiante à la pénétrer. Suit une deuxième bénédiction de l’eau, au cours de laquelle le prêtre sera investi par Shiva et récitera des prières. Le pedanda officie également au cours des grandes cérémonies, notamment pour les familles princières : mariages, crémations….

La deuxième catégorie est celle du pemangku, prêtre de la religion populaire ; il peut appartenir à n’importe quelle caste. Il est le gardien du temple et le chef de ses rites, ainsi que du cérémonial spécifique à tel ou tel temple. Ce n’est pas un initié, contrairement au pedanda. Les dieux peuvent le désigner, par exemple par la bouche d’une personne en transe, ou par maladie aux causes « non médicales » dont un chaman dira que son seul remède est d’accepter de devenir pemangku. Le statut de pemangku n’est pas vraiment recherché. Il ne gagne pas sa vie avec cette fonction, mais doit respecter de nombreuses contraintes qui changent radicalement sa vie quotidienne : interdictions alimentaires, perte du role de chef de famille relégué au fils ainé, interdiction de prendre part à des occupations humaines telles que travaux manuels, jeux de cartes, ou discussions sur des sujets impurs etc… Certain pemangku sont très érudits mais beaucoup moins que le pedanda, qui leur sont nettement supérieurs. Les fonctions des pemangkus les rapprochent beaucoup plus du peuple car ils officient lors des nombreuses cérémonies familiales ou dans les temples de village.

Le sengguhu enfin, est le responsable des rituels liés au monde souterrain. It tient me role d’exorciste. Tous les sacrifices au monde inférieur sont de son ressort, et il entretient des relations particulières avec Vishnou. Il est sans doute un reliquat de l’ancienne religion vishnouite qui n’existe plus à Bali aujourd’hui.

Traditionnelle et actuelle

La médecine balinaise est une science complexe et les nombreux balians encore en activité à Bali nous prouvent que cette pratique traditionnelle et ancestrale a encore de beaux jours devant elle. Même avec l’arrivée du monde moderne, les balinais restent très attachés à leurs croyances et à leurs traditions. Nos nombreux voyages à Bali nous permettent de témoigner de cette atmosphère magique et si spirituelle qui émane de cette ile, bien nommée Ile des Dieux.

De plus en plus d’occidentaux y viennent se faire traiter pour tous types de maladies ou problèmes, du simple désir de trouver l’âme sœur à des maladies plus graves comme le cancer. Nombre d’entre eux rapportent de stupéfiantes histoires de guérison.

Témoignages

Lors de mes nombreux voyages à Bali, j’ai assisté à plusieurs guérisons. Le cas le plus spectaculaire est celui de Janine, qui s’est vu refuser l’accès au temple de guérison par le guérisseur. Il lui déclara qu’elle était trop résistante mentalement pour intervenir sur elle ! Elle s’est effondrée en larmes pendant deux jours. Ensuite, lors de sa seconde tentative chez le guérisseur, il a pu la libérer d’entités énergétivores.

Dominique, maitre-reiki depuis une vingtaine d’années, a été guéri d’une blessure d’enfance dont il ne pensait jamais être libéré.

Patricia a rencontré son compagnon 2 mois après son retour, après qu’un grand prêtre ait réharmonisé sa lignée ancestrale.

Conclusion

Les nombreux banians de Bali montrent que cette pratique traditionnelle et ancestrale est solidement ancrée dans les mœurs. De plus en plus d’Occidentaux y viennent grandir et guérir en conscience, et en reviennent imprégnés d’une plus grande présence.

Eric Grange

Article paru dans : Destinea, avril 2018