Accueil > Connaitre Oasis > Revue de presse > Sacrée Planète - Ouzbekistan

Article paru dans le magazine Sacrée Planète n°48 - Octobre/Novembre 2011

>> Pour voir l'article tel que paru dans le magazine, cliquez sur les miniatures ci-dessous:

OUZBEKISTAN: Une expérience spirituelle ouzbek

Petit pays d'Asie centrale, l'Ouzbekistan recèle des trésors encore peu connus. De toute beauté, l'architecture de nombreux monuments métamorphose le voyageur en pélerin, l'invitant à une spiritualité très "oecuménique". Une terre où musulmans, chrétiens, juifs et autres courants religieux vivent leur foi en paix dans une maturité "spirituelle", comme nous le raconte Eric Grange... Cela méritait un détour !

L’Asie Centrale surnommée " le milieu du monde " a été une terre, non seulement de conquête et d’échanges commerciaux sur la fameuse Route de la soie, mais aussi un foyer spirituel pour les voyageurs-pèlerins du monde entier.

Y ont d’abord cohabité l’animisme, le fétichisme et le totémisme. Sont nés ensuite le mazdéisme (religion polythéiste), le zoroastrisme (le culte du feu chez les peules indo-iraniens), le bouddhisme, le christianisme nestorien-jacobite (affirmant que Jésus Christ était à la fois de nature divine et de nature humaine), et, par la suite, l’Islam.

Depuis l’indépendance de l’Ouzbékistan en1991, on voit sur ce territoire la renaissance des cultes préislamiques, issus du brassage culturel et pratiqués depuis la nuit des temps par la population locale.

Dès mon premier voyage en Ouzbékistan, j’ai été surpris par la maturité spirituelle de sa population, sa sagesse populaire, ses rituels, son mysticisme.

Le respect, l’amour, la tolérance, l’ouverture et la connaissance sont le bon fondement de chaque religion. Ici en Ouzbékistan je le ressens à chaque pas, me voyant me transformer de voyageur en pèlerin. J’ai croisé sur mon chemin des gens souriants et m’invitant à faire connaissance autour d’un bol de thé vert, laissant infuser nos paroles dans un espace d’amour.

Pour les foyers Ouzbeks, si hospitaliers, cette cérémonie du thé est un temps fort, empreint de traditions et d’ouverture aux autres. Faire infuser le thé et le verser aux hôtes est le rôle exclusif du maître de la maison.

Cérémonie du thé,
Parcours initiatique.
Sur cet océan mordoré
Surnage tant de calme apaisant,
Chaque gorgée est un appel sensuel, discret.
De l’or pale au cuivre sombre,
Toutes les routes s’ouvrent à l’imaginaire.

Le breuvage,
Par sa force, fait naître,
Comme éclot une rose,
La sensualité de plénitude et d’intense bonheur.
Juliette Faure-Mignot

Grâce à la ferveur des Ouzbeks, des milliers de lieux de cultes sont aujourd’hui préservés. Il s’agit le plus souvent de lieux où l’on célèbre les saints, les grands hommes ou les cheikhs, chefs spirituels des mystiques de l’Islam. Le culte le plus important dans la dévotion populaire consiste en une circumambulation autour des tombeaux des saints.

A Boukhara, c’est l’hommage qui est rendu à Nakchbandi; le fondateur de la confrérie mystique (tarîqat) " Nakchbandiya ", maître de conscience des soufis.
Voici les onze paroles sacrées de cette sagesse soufie :

1. 1 Les yeux sont deux fenêtres à travers lesquelles l’âme regarde.
2. Il importe peu que vous soyez au sommet de la montagne ou à son pied, si vous êtes heureux là où vous êtes.
3. De Tes mains habiles Tu as fait ces fleurs ; au pouvoir de ton regardmagique Tu les as si bellement colorées. Tu as soufflé sur les fleurs, leur donnant vie et rayonnement et avec un baiser Tu les as rendues parfumées.
4. L’homme exprime son âme en tout ce qu’il fait.
5. Ce qui est arrivé est arrivé ; ce par quoi je passe, je le surmonterai ; ce qui arrivera, je l’affronterai avec courage.
6. L’âme nouvellement renée surgit de la coquille du cœur brisé.
7. Reste ferme dans la vie comme un rocher dans la mer, impassible et inébranlable dans ses vagues déferlant sans cesse.
8. Ce n’est pas notre situation dans la vie, mais notre attitude envers la vie qui nous rend heureux ou malheureux.
9. Personne ne peut être humain et ne pas commettre d’erreur.
10. Aie confiance que Dieu t’aide et vois sa main travailler secrètement à travers toutes les sources.
11. Je T’ai cherché, mais ne pouvais Te trouver. Je T’ai appelé à voix haute debout sur le minaret. J’ai sonné la cloche du temple au lever et au coucher du soleil. En vain je me suis baigné dans le Gange ! Je suis revenu déçu de la Kaaba. Je T’ai cherché sur la terre. Je T’ai cherché dans les Cieux, mon Bien-Aimé. Et puis enfin je T’ai trouvé, caché comme une perle dans mon cœur. "

Ces " onze principes " sont un véritable enseignement pour la doctrine soufi-mystique. Grâce à ceux-ci, le mystique apprend comment suivre une voie contemplative tout en occupant un rôle social. Ces paroles sont tournées vers la pratique contemplative. Elles reposent sur l’attention de soi : prise de conscience de ses pas, de ses déplacements, examens permanent de ses actes passés et présents, pratique de la prière silencieuse " zekr ", contrôle du souffle " nafas " et du cœur…

Pour les soufis, l’univers et l’homme sont des reflets de Dieu.
Dans l’Être, il y a l’union, et le vrai soufi considère que toutes les religions ne sont au fond qu’une seule. Le soufi doit prêcher de ne pas faire de discrimination de race, de classe, de richesse ou de puissance, ainsi que d’aimer et de respecter tous les hommes, puisque chacun est le reflet de l’Être absolu.

Je suis aussi allé au mausolée de Saint Daniel à Samarkand. Dans cet endroit mythique les dévots de trois religions se retrouvent : la confession islamique, la confession chrétienne et la confession juive.
La légende dit que le jour où le corps de St Daniel a été déposé, une source curative a jailli au niveau de sa tête. Le saint possèderait une énergie vivifiante, grâce à laquelle il continue à grandir dans la tombe. Celle-ci a donc été régulièrement rallongée et mesure aujourd’hui près de 18 mètres !

De la même façon, les dévots se rendent à la nécropole de Chakhi-Zinda à Samarkand, au tombeau du cousin du prophète Mohamed ; au mausolée turquoise de Pakhlavan Mahmoud à Khiva ; à la grotte de Saint-David dans les montagnes de Pamir, créant ainsi le noyau de la spiritualité du peuple d’Ouzbékistan.

L’objectif principal des pèlerins est d’obtenir la bienveillance de ces saints hommes, afin qu’ils aident à la réalisation de leur souhaits, généralement la guérison d’une maladie, un bébé pour les jeunes mariés, la protection pendant le voyage et nombre d’autres vœux cachés au plus profond du cœur de chacun…

Avec les Ouzbeks, j’ai appris et appliqué les actes de dévotion : Vêtu de mes costumes traditionnels dédiés aux dévots, j’ai accroché des bouts de tissus aux branches des arbres pluri-centenaires situés dans ces lieux de cultes, j’ai jeté des pièces de monnaie dans les sources, je me suis lavé avec l’eau de puits et de bassins sacrés.
Je suis aussi allé demander la bénédiction à la source des poissons sacrés à Nourata au cœur du désert de Kizil-Koum, et vénérer ces êtres considérés comme l’esprit des ancêtres…

Grâce à une grande liberté de conscience, les guérisseurs et les mediums populaires, sont maintenant reconnus, surtout dans les campagnes, et jouissent d’une grande notoriété.

En Ouzbékistan, un thérapeute qui se fait aider des esprits et des démons pour soigner, à l’image d’un chaman, est nommé " bakhchi ".

Un bakhchi de Boukhara m’a révélé un secret : " La maladie survient lorsque les actes d’un homme sont en désaccord avec ses sentiments ou ses pensées, ou bien lorsqu’il rompt l’harmonie des relations avec ses semblables ou encore lorsqu’il déroge à l’équilibre des forces de l’univers. Et nous les gardiens des esprits, bakhchi, pouvons corriger cela, grâce à notre capacité d’agir sur les forces vitales !".

Pour le bakhchi la maladie est toujours due à l’action d’un esprit et il faut sortir du corps du malade cet esprit par " aspiration ", par le son d’instruments, par des danses extatiques et des paroles mystiques…

Le bakhchi invoque les démons à l’aide du " doyra ", une sorte de tambour, ou d’un instrument à archet : le " kovouz ". Le feu est aussi très important pendant cette cérémonie de guérison.

J’ai été très impressionné de voir le bakhchi livrer combat contre l’esprit malfaisant qui s’est emparé du corps du malade : il recourt à toute sortes de prouesses pour contraindre celui-ci à partir : danse frénétique, chants des mystiques soufis, cris stridents, tige de roseau allumée, morceaux de pain séché… en prononçant de temps en temps: " la illahaill’allah " (il n’y de Dieu que Dieu) en arabe.

Les chamans sont indifféremment hommes ou femmes. Leurs dons sont en général héréditaires, plus rarement transmis par initiation. Il existe ainsi de véritables confréries de chamans, les uns ambulants, d'autres installés à proximité des lieux saints fréquentés par les pèlerins et qui en sont les serviteurs.

Le chamanisme ouzbek est étroitement lié au culte des saints du soufisme. En effet les saints soufis ont souvent eu des liens avec le chamanisme, se faisant intermédiaires entre Dieu et les hommes.
Les derviches voyageurs entretiennent cette tradition : ils portent des bonnets en plumes de cygne, des ceintures ornées de grelots, des badines symbolisant le cheval mythique.
C’est de cette façon, en lien constant avec la population, que le soufisme a pu perdurer et se développer.

La musique et les chants mystiques jouent un grand rôle dans la vie spirituelle ouzbek. La musique est un art expressif qui impressionne, enivre et contribue au développement harmonieux de l’homme.
Ainsi, les chansons liées aux rites et aux cérémonies de cultes, comme les chants répétitifs des soufis, et les psalmodies de paroles saintes sont autant de portes ouvertes vers l’élévation de la conscience. La chanson appelée " hikmat ", sagesse, est considérée depuis toujours comme un monument littéraire et spirituel à Samarkand et à Boukhara.

Aujourd’hui encore, les ouzbeks allument le feu pour différentes cérémonies, portent les petites pierres noires et blanches pour se protéger de mauvais sort, accrochent une bouteille avec du sel ou la tête d’un mouton séché à l’entrée de leur demeure, croient toujours aux guérisseurs bakhchi (chamans).

Dans les campagnes, on pratique encore le fétichisme sous des formes diverses allant du simple port des amulettes aux cérémonies magiques. Des amulettes en Ouzbékistan, j’en ai vu de toute sorte : colliers ou bracelets de pacotille attachés au cou ou aux poignets des enfants. A l’origine ces amulettes étaient des fragments d’arbre ou de pierre sacrée. Avec l’islam les versets du Coran sont venus s’ajouter aux objets sacrés.

Chaque premier jour du printemps,dans la nuit du 21 au 22 mars à la fête de Navrouz, les croyants de l’Ouzbékistan attendent l’oiseau mythique " Semourg " l’oiseau du bonheur et de la paix, c’est le vif témoignage du totémisme qui existait même avant la religion zoroastrienne. Cette croyance, en effet, a rendu la fête de Navrouz populaire sur le vaste territoire de l’Asie Centrale.

Les ouzbeks vénèrent aussi Bii-Fatima, patronne des femmes dont l’apparence islamique dissimule une divinité de l’ancien livre sacré des Iraniens zoroastriens ; Hazrat-Nou (Noé), patron des artisans travaillant le bois, Hazrat-Dovoud (Sait-David), patron des forgerons.La piété populaire accorde une même vénération à des personnages totalement mythiques, que l’islam a " adopté " en transformant la divinité du lieu à un saït biblique ou musulman.

En Ouzbékistan les professions " artisanales " conservent souvent quelque chose des anciens rites initiatiques. Le rituel d'admission au grade de maître (Ousto) est encore observé, il requiert la présence d'un mollah, ce qui lui donne un caractère religieux. Les corporations conservent pieusement le culte de leur saint protecteur (Pir) ; toutes les semaines, dans la nuit du jeudi au vendredi, des prières collectives réunissent les membres de la corporation et parfois les maîtres s'assemblent pour lire leur statut religieux (risolat). La risolat, rédigée en arabe, se transmet généralement par voie orale. Parfois, les relations entre apprentis et maîtres sont régies par les antiques statuts des corporations et les apprentis sont dans la dépendance économique du maître, comme par le passé.

Dans le Ferghana, les potiers pratiquent encore le rite du " Kamarbandon ", où le disciple initié est ceint d'un tablier de cuir. Ce rite change parfois de signification et marque alors l'entrée de l'homme, non plus dans une corporation, mais dans l'âge mûr. C'est un rituel auquel sont soumis les hommes vers leur quarantième année qui sont ainsi censés rompre avec leur jeunesse. Le Kamarbandon marque l'accession à la dignité des anciens et l'artisan initié ainsi jouit d’un immense prestige. Faut-il le rattacher au soufisme ? Ou à des coutumes plus anciennes ?

Un autre phénomène est l'organisation d'une corporation féminine du même métier. Les maîtresses de la corporation, qui accèdent à cette dignité par l'hérédité ou désignées par leurs devancières, organisent des festins " Biisechambe ".Ces femmes mystiques se réunissent pour lire toute la nuit les Hadit (versets du prophète) en souhaitant à tous les êtres humains la paix intérieur et la paix dans le monde.

En définitive, ce qui m’a marqué le plus en Ouzbékistan, c’est le fait que les peuples ont accepté des religions monothéistes tout en gardant leurs traditions chamaniques, permettant ainsi de dire que le chamanisme traditionnel est toujours bien vivant.

L’amour est l’étoile la plus brillante du ciel de la vérité. Il est plus haut que l’affection, plus élevé que l’amitié.
Peu importe à l’amour les religions et les hérésies car il est au-delà du doute et de la certitude. En vérité, il est la solution de tous les problèmes car il polit le miroir du cœur.
Mir Husseini Héravi

Eric GRANGE

>> Retour au sommaire de la revue de presse

>>Voir le calendrier de nos voyages initiatiques


asp
snav
Oasis Voyages, le spécialiste du voyage en conscience : Tel (+33) 04 78 07 03 00
Autorisation de vente de voyages : Immatriculation IM069100006 au registre officiel Atout France
Notre légalité vous assure des prestations réglementées et professionnelles | Garantie financière APST 15 Av Carnot 75017 PARIS
Assurance RC agent de voyage : 4 000 000 € - Generali Voyages IARD
Fermer