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Article paru dans le magazine Sacrée Planète n°46 - Juin/Juillet 2011

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Les Balians de Bali, par Eric GRANGE

A mon arrivée à Bali, mon cœur s’est grand ouvert. J’ai cru que cela était dû à la délicieuse odeur des frangipaniers, à la douceur du climat tropical ou à l’odeur des clous de girofle… peut être aussi au spectacle des chauffeurs de taxi réunis en conciliabules, assis par terre, discutant de tout et de rien, tranquilles et détendus. En fait, peu à peu j’ai discerné que je ressentais la douceur infinie et invisible d’un vortex où tout est dédié aux Dieux…
Ici, la population est paisible et très souriante, les rizières verdoyantes et les volcans invitent le regard à s’élever. Le temps ne coule pas aussi vite qu’en Occident. On ne regarde pas sa montre,on vit au rythme de la nature et des nombreuses cérémonies religieuses célébrées quotidiennement à longueur d’année. Ici, chaque rencontre commence par un sourire et un signe de la main : Namasté ! Bienvenue à Bali, Ile des Dieux !

Portrait
Bali est une île d'Indonésie située entre Java et Lombok. Elle fait partie des petites îles de la Sonde. Sa superficie est de 5 637 km2, ce qui correspond à une taille moyenne d'environ 80 km sur 120. Sa population est d’un peu plus de 3 millions d'habitants. C'est une petite enclave hindoue dans le plus grand pays musulman du monde. L’Ile des dieux, comme on la surnomme, est entièrement imprégnée de spiritualité, on y trouve plus de 10 000 temples !

Les guérisseurs à Bali
Les guérisseurs traditionnels jouent un rôle important dans la culture balinaise. Ils traitent les maladies physique et mentale, en éliminant les mauvais sorts et en transmettant des informations en provenance des ancêtres et des esprits. Le Balian est un instrument de la guérison divine, et le patient entre dans une alliance avec les dieux pour recevoir cette guérison avec respect, vénération et humilité.
Le diagnostic médical implique magie et vision du monde animiste de Bali où les esprits imprègnent la réalité. Comprendre les pratiques de guérison à Bali nécessite un examen de cette vision du monde. Le concept de guérisseur (Balian en balinais, dukun en indonésien) est large, avec des praticiens allant du guérisseur traditionnel du corps ou de maladies mentales, aux rebouteux, massothérapeutes, médiums et clairvoyants. l y a environ quatre fois plus de balians que de médecins à Bali. Ils sont au premier plan de la santé communautaire, et les balinais souvent visitent le balian avant d'aller voir un médecin pour le traitement classique. Les balians ont tendance à se spécialiser dans un domaine particulier, et souvent ils se spécialisent dans un type particulier de maladie, comme par exemple les maladies de peau ou d’articulations.

Comment est perçue la maladie?
Tout d'abord, d'où viennent les maladies? Les savoirs traditionnels balinais n’acceptent pas les influences biologiques, tels que les germes et les virus, mais estiment plutôt que les maladies de l'extérieur proviennent de deux sources, soit du karma d'une vie passée, soit d'autres personnes qui utilise du poison ou jette des sorts de magie noire.
Les maladies provenant de l'intérieur du corps sont, selon eux, dues à un déséquilibre. L'un des principes centraux de la philosophie balinaise est beneda rua, principe de la relation entre le microcosme et le macrocosme. Tout déséquilibre dans le microcosme ou le macrocosme peut causer une maladie, ainsi qu'un déséquilibre entre une personne et les divinités, parfois à cause d’un manque de sérieux dans les pratiques religieuses quotidiennes.
Bali est également peuplée par bhutas et kalas, les forces démoniaques qui peuvent apporter la maladie lorsque les hommages en leur faveur, censés les tenir à distance, ne leurs sont pas bien rendus. Dans ce cas, pour la guérison, le balian va pratiquer une sorte d’exorcisme.

Comment la guérison est-elle envisagée?
Les facteurs environnementaux, comme les Balinais les perçoivent, sont un élément important de la guérison. Premièrement, les Balinais étant animistes, l'environnement physique tel qu'il est perçu par eux n’est pas seulement le monde physique tel que nous le connaissons. Il est rempli d'esprits qui peuvent aider ou nuire, et qui sont efficaces dans ces deux fonctions.

D'autre part, l'externe, le macrocosme, est simplement un miroir du monde intérieur, le microcosme. Les connexions entre le corps humain et le monde dans son ensemble se jouent sur une grande échelle. Non seulement l'équilibre interne reflète l'équilibre des forces extérieures, et vice versa, mais en plus, le corps physique - avec sa composition tripartite de la tête, le corps et les pieds - est un microcosme de la nature tripartite que l’on retrouve dans la structure des temples et des habitations familiales.
Cette représentation tripartite se retrouve dans chaque village l'île de Bali, et même les trois parties de la nature du cosmos, avec le monde supérieur, le monde du milieu, et le monde inférieur. Un dysfonctionnement physique ou mental peut donc être lié à un déséquilibre entre le microcosme et le macrocosme.

Il est difficile de répondre à la question: "Le patient peut il être invité à modifier quelque chose dans son comportement personnel?" cela dépend vraiment des cas, disons que le balian pourra reporcher au patient de ne pas assez bien pratiquer les rituels religieux quotidiens. Il va lui conseiller de redoubler d'attention envers les Dieux en faisant consciencieusement des offrandes tous les jours

Deuxièmement, l'environnement social est fondamental. L'individu est défini dans les termes de sa relation aux autres, et donc on ne peut pas afficher une maladie ou la guérison comme un phénomène purement personnel ou individuel. Le plus souvent toute la famille se présente avec le patient et discute avec le balian, des problèmes, de la maladie et ce qui doit être fait pour la guérison. Et ainsi, remettre en place la maladie au sein de son environnement naturel et social, en comprendre la cause et pourquoi elle peut être guérie, est une partie aussi importante de la guérison à Bali que dans d'autres sociétés traditionnelles.

Les origines de la médecine balinaise
Il ya quatre influences à l’origine des pratiques de guérison balinaises :
La première est la tradition hindoue, vision du monde plus philosophique que pratique. 
La seconde influence vient du bouddhisme, car il y avait autrefois es pratiques bouddhistes à Bali. Médicalement, le bouddhisme traite la maladie par l’intrusion chirurgicale, et possède des influences tantriques centrées sur des éléments et formules magiques.
La troisième provenait de la Chine et sa médecine traditionnelle des énergies si connue, bien que cette influence se trouve plus dans l’utilisation du lontar livre sacré, que dans le contact direct du balian avec le patient.
Avec toutes ces influences, il est évident qu'il ne peut y avoir aucun système médical unifié!

Les 3 principaux types de balians
Le premier type est le balian Ketakson qui agit comme un canal entre le patient et Dieu. Les Ketaksons invoquent l'esprit d'une personne décédée, et transmettent des informations à la famille sur les types d'offrandes nécessaires pour les crémations et autres cérémonies Ils peuvent également via ce moyen de communication avec le divin, aider à la vie des populations, donner des conseils ou localiser des objets disparus. La plupart des femmes balians sont des balians Ketakson.
Second type: le Paica Balian qui est un médium. Il reçoit des objets physiques qui apparaissent et disparaissent spontanément et sont utilisés lors de séances de guérison. "Un jour, j'ai vu un coup un kriss (poignard indonésien à lame ondulée) se concrétiser pendant la méditation, debout sur sa pointe et en rotation". L'objet peut être ordinaire et peut ne pas être esthétique. Ces objets rituels apparaissent et disparaissent d'eux-mêmes, et peuvent se manifester pour un maximum de cinq ans.
Enfin, l'Usada Balian est une personne qui, au départ, a soit l'intention claire de devenir Balian et suit l’enseignement approprié, soit peut recevoir la connaissance divine au cours d'une maladie grave. Ces gens-là décident de poursuivre leurs connaissances en étudiant les lontars (textes sacrés) et avec les guérisseurs reconnus. Le lontars, des milliers de textes anciens en écriture Kawi (javanais ancien), contiennent des informations sur l'éthique, l'anatomie, des herbes traditionnelles, la méditation, le yoga, le tantra et d'autres sujets Le Balian étudie à la fois les magies blanche et noire, qui sont très similaires, sauf dans l'intention de celui qui les pratique.

Les prêtres balinais
Il existe trois catégories de prêtres à Bali. Les balians soignent les problèmes mentaux ou physiques, ils sont donc des guérisseurs, des médecins, alors que les prêtres s’occupent des offices religieux et des hommages aux dieux, ils sont les garants de l’équilibre universel et les gardiens de la religion. 
Le pedanda ou grand prêtre, souvent lui-même fils de pedanda, est toujours un brahmane, c'est-à-dire un balinais appartenant à la caste supérieure. L’esprit de caste est profondément ancré dans l’esprit balinais. Les noms des membres d'une même caste commencent toujours par la même particule et en disent long sur la position sociale et familiale. Chaque caste a son propre langage et différents dialectes pour s'adresser aux autres castes.
Il existe quatre castes: Les brahmanes : hommes religieux, les SATRIA : guerriers, tenant du pouvoir temporel, les WESIA : fonctionnaires du royaume et les SUDRA: les paysans et pêcheurs, qui représentent plus de 90% de la population. Ce système de caste se ressent très peu à Bali puisque les castes supérieures ne représentent que 10% de la population.

Pour devenir prêtre, le pedanda doit passer une initiation. Dès l’enfance, on le prépare à ses nouvelles fonctions par des études et l’imposition d’une conduite exemplaire, sous la direction d’un maître dont la parole est loi et vérité.
Son rôle principal consiste à préparer l’eau bénite (tirta), qui a un rôle essentiel dans la religion balinaise, au point que celle-ci est appelée " agama tirta ", la religion de l’eau bénite. Cette eau sera utilisée pour bénir les temples, les fidèles lors de la prière, et les objets consacrés. Parfois aussi, lors de l’achat d’une voiture ou d’un scooter, les familles béniront leurs nouvelles acquisitions avec de l’eau bénite. Pour préparer cette eau bénite, le pedanda doit suivre un rituel très strict. Après avoir pris un bain et revêtu des vêtements spécifiques blancs, symbole de pureté, le pedanda se lave les mains en prononçant des mantras (phrases sacrées), puis pratique pendant un certain temps des respirations issues de la pratique du yoga. Il consacre l’eau une première fois en y jetant des fleurs, invitant Shiva et sa force sanctifiante à la pénétrer. Suit une deuxième bénédiction de l’eau, au cours de laquelle le prêtre sera investi par Shiva et récitera des prières. Le pedanda officie également au cours des grandes cérémonies, notamment pour les familles princières : mariages, crémations…

La deuxième catégorie est celle du pemangku. Il est le prêtre de la religion populaire, et peut appartenir à n’importe quelle caste. Il est le gardien du temple et le chef de ses rites, ainsi que du cérémonial spécifique à tel ou tel temple. Ce n’est pas un initié, contrairement au pedanda. Les dieux peuvent le désigner, par exemple par la bouche d’une personne en transe, ou par une maladie aux causes " non médicales " dont un chamane dira que son seul remède est d’accepter de devenir pemangku. Le statut de pemangku n’est pas vraiment recherché. Il ne gagne pas sa vie avec cette fonction mais doit respecter de nombreuses contraintes qui changent radicalement sa vie quotidienne: interdictions alimentaires, perte du rôle de chef de famille relégué au fils aîné, interdiction de prendre part à des occupations humaines telles que travaux manuels, jeux de cartes, ou discussions sur des sujets " impurs ", etc.).
Certains pemangku sont très érudits mais beaucoup moins que les pedanda, qui leurs sont nettement supérieurs. Les fonctions des pemangku les rapprochent beaucoup plus du peuple et officient lors des nombreuses cérémonies familiales et des nombreuses cérémonies des temples de village.

Le sengguhu, enfin, est le responsable des rituel liés au monde souterrain, Il tient le rôle d’exorciste. Tous les sacrifices au monde inférieur sont de son ressort, et il entretient des relations particulières avec Vishnou. Il est sans doute un reliquat de l’ancienne religion vishnouïte qui n’existe plus à Bali aujourd’hui. 

Traditionnelle et actuelle
La médecine balinaise est une science complexe et les nombreux balians encore en activité à Bali nous prouvent que cette pratique a encore de beaux jours devant elle. Même avec l'arrivée du monde moderne, les balinais restent très attachés à leurs croyances et à leurs traditions. Nos nombreux voyages à Bali nous permettent de témoigner de cette atmosphère magique et spirituelle qui émane de cette île, bien nommée l'Ile des Dieux.
De plus en plus d'occidentaux y viennent se faire traiter pour tous types de maladies ou de problèmes, du simple désir de trouver l'âme soeur à des maladies plus graves comme le cancer. Nombre d'entre eux rapportent de stupéfiantes histoires de guérison.

Témoignages
Lors de mes nombreux voyages à Bali, j'ai assisté à plusieurs guérisons. Le cas le plus spectaculaire est celui de Janine, qui s'est vue refuser l'accès au temple de guérison par le guérisseur. Il lui déclara qu'elle était trop résistante mentalement pour intervenir sur elle! Elle s'est effondrée en larmes pendant deux jours. Ensuite, lors de sa seconde tentative, il a pu la libérer d'entités énergivores. Dominique, maître reiki a été guéri d'une blessure d'enfance dont il ne pensait jamais être libéré. Patricia a rencontré son compagnon 2 mois après son retour, après qu'un grand prêtre ait réharmonisé sa lignée ancestrale.

Conclusion
Les nombreux balians de Bali montrent que cette pratique traditionnelle et ancestrale est solidement ancrée dans les moeurs. de plus en plus d'occidentaux y viennent grandir et guérir en conscience, et en reviennent imprégnés d'une plus grande présence.

Eric GRANGE

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